13 octobre 2006
De l'espoir dans les yeux ....
Bamako - Septembre 2006
Nous sommes partis ensemble, caméras à la main, reccueillir la parole de ceux qui souffrent aux portes de l'occident. Nous n'avions pas d'idées préconçues, ni de clichés dans la tête, juste l'envie de changer un peu le cours des choses en prêtant notre attention aux autres et en restituant leurs douleurs et leurs espoirs. Nous voulions savoir "Pourquoi ?", pourquoi l'on migre, pourquoi l'on va cherhcer ailleurs, pourquoi on prend le risque de mourir pour passer de l'autre côté, pourquoi ce besoin de traverser, d'aller voir plus loin que chez soi, d'embrasser une autre terre ???
Nous avons reccueillis les mots embarrassés, la parole comme condamnée depuis des mois, les rêves brisés sur les barbelés ou morts en haut des dunes, nous avons échangés autour de nos expériences, nous nous sommes tus devant la souffrance et le désespoir, nous avons partagé des sourires et des élans de joie même... et nous ne pouvions dès lors pas repartir sans offrir à tous ces jeunes hommes et femmes d'autres perspectives.
Car tous ont caressés l'espoir de franchir la forteresse Europe, tous ont subi les privations, les humiliations, la souffrance et la soif dans le désert, la honte de mendier ou d'avoir faim et ils sont depuis des mois à errer entre leur pays d'origine et le Maroc ou l'Algérie, sans papier ( leur passeport leur ayant été confisqué par les autorités). Ils vivent ainsi dans des conditions inacceptables à Bamako, à plus de 10 entassés dans des chambres de 9m2, n'ayant pour la plupart ni accès à l'eau, ni aux soins, ni aux ressources nécessaires pour s'alimenter normalement.
Malgré tout, ces rencontres ont suscité de l'espoir chez ses jeunes qui se disent refoulés, rejetés, car tout à coup dans l'echange, ils ont pu sortir de leur isolement. Une semaine après notre départ, ils se sont constitués en association, ouvert une boîte postale et souhaitent souscrire un compte bancaire.
Nous leur avons donc proposé de les soutenir à notre retour en France en essayant d'alerter nos camarades militants et le réseau associatif. Nous mettons en place une structure informatique (ce blog) afin que chacun d'entre eux puissent s'exprimer, expliquer leurs motivations, partager leurs espoirs et leurs difficultés et surtout créer un réseau de solidarité Nord/Sud leur permettant d'être soutenu dans leurs projets et leur quotidien.
Alors n'hésitez pas à les soutenir en postant ici vos commentaires, en leur laissant un mail perso, en visitant la page BESOINS URGENTS afin que je puisse récolter vos dons rapidement... Merci d'être solidaire en étant tout simplement humain...!!!
Commentaires
Mamadou mon ami
Mamadou, mon ami
Depuis quelques jours, on raconte l’arrivée de plusieurs cadavres sur les plages de Zarzis. Elles étaient toutes de personnes noires. On dit aussi que ce sont des « brûleurs » qui essayant de joindre l’Europe partant de la Libye, se seraient échoués lors de fortes tempêtes.
Touts les gens au courant de mes marches sur les plages, m’avaient demandé, si j’avais trouvé ma part de naufragés. Ils le disaient en rigolant, mais, je ne rigolais pas du tout. Je rencontre chaque jour des dizaines de cadavres de tortues et de dauphins, et ça me fait à chaque fois beaucoup de peine, que dire alors de mes confrères dans l’espèce !! En vérité, j’avais en permanence une angoisse au ventre et me suis préparé à une éventuelle rencontre avec un des naufragés. Avec le temps, j’étais déçu, et me demandais, pourquoi je n’en trouve pas, moi, le maraudeur des plages, moi, qui suis prédisposé à les bien accueillir et respecter morts ou vivants. Sans cynisme, je souhaitais cette rencontre car elle fermerait la boucle de mes trouvailles. Au début les vagues m’avaient rapporté les objets de la déconstruction du Nord, puis les messages humains en bouteilles renfermant la détresse, le désarroi et le peu de communications entre les gens, et pus en fin, une victime en chair et en os, de la ruée vers l’occident.
Je l’avais vu de loin, au début je l’avais pris pour une tortue retournée sur sa carapace et quand je me suis rapproché doucement assourdis par les battements de mon cœur, j’ai constaté que c’était bien lui mon ami Mamadou. Enfin il est là, retourné sur son ventre, couvert par les algues jusqu’aux genoux et sur le sommet de la tête. De taille moyenne, un corps bien proportionné et musclé, les vagues et le soleil avaient bien tanné sa peau qui avait une couleur noir beige, dans une beauté dont seul Dieu est capable. Très ému, mais lucide, j’ai lu sur lui plusieurs versés du Coran, en bon musulman, j’ai formulé des prières à Moise, au Christ et les Dieux animistes, afin que Mamadou soit béni par son apôtre et son âme retrouve la paix. Tout de suite après, je n’ai pu m’empêcher de crier ma colère à faire trembler la plage, contre cette nouvelle forme de destruction de masse dont les démunis en sont les victimes.
J’ai refusé de prendre des photos de mon ami, car son corps, son esprit et sa beauté, appartiennent à l’éternité et à Dieu le tout puissant.
A ma grande surprise, les fonctionnaires de la Garde Nationale et la Protection Civile, appelés sur mon portable, étaient visiblement très émus et compatissants malgré le grand dérangement et désagrément que ce genre d’interventions leur cause.
Le soir à la maison, j’ai commandé un bon repas pour toute la famille que je n’avais informé qu’après quelques jours de ma rencontre avec mon ami Mamadou. Ce soir là, j’étais heureux que mon ami ne dorme plus dans le froid.
Lihidheb mohsen
4170 Zarzis Tunisie
11.08.2002
bravo !
bravo ! ce site est exemplaire
c'est le cri de l'humanité souffrante et cela fait mal.
L'occident a déclanché sa guerre de basse intensité contre les pauvres
enplus c'est bien fait
merci à vous
Olivier
larmes
Je suis envahie d'un frisson d'effrois en lisant votre blog. Je sais que la douleur existe, je la vie tous les jours mais chaque fois que j'entends quelqu'un d'autre la relater je suis prise d'une envie de pleurer. Je suis remplie d'empathie pour ces gens. Je souhaite de tout coeur qu'ils reprennent courage et reste fort malgré toutes les atrocitées qu'ils peuvent endurer. Je pense à vous et surtout je vous aime.
l'arbre et la pirogue
Textes sur une sculpture réalisée pour une expo intitulée "contre, tous contre"
L'arbre et la pirogue :
L’homme est un arbre enraciné mais il appartient également à une pirogue errante ouverte sur le vaste monde. La pirogue symbolise le voyage, l’arrachement à soi-même et l’arbre, l’enracinement, l’identité, l’appartenance.
Or, ici, le voyage n’est pas un voyage de complaisance mais une fuite desespérée du pays d’origine vers un avenir plus prometteur. Au risque d’y perdre la vie, au risque d’y perdre son identité dans l’indifférence, le silence et le cynisme des autorités.
Alors, partir, c’est mourir ?
Partir, c’est errer sans repères, sans racines ?
C’est être bafoué de son identité ?
C’est avec l’arbre qu’on fabrique la pirogue, c’est en se réconciliant avec son identité que l’on est capable de s’en éloigner, de lui échapper.
Il n’y a pas de pirogue sans arbre.
Appel de l'Eldorado :
Les pieds dans le sable, la tête dans les étoiles de l’espoir
Quitter son pays natal, chercher un monde meilleur
au péril de sa vie.
Eldorado, Nouveau Monde, Nouvelle Terre Promise
Rêve, espoir, quête d’un avenir
Coque de noix, barque de pécheur, patera, cayuco
Méditérannée, Atlantique
Naufrage à répétition, mort anonyme, cimetière marin
Hécatombe, tragédie de notre temps
Centres de détention, zones de rétention
Forteresse européenne, obsession sécuritaire, Frontex
Marchandage d’otages, trafic de migrants, frontières meurtrières
Stigmatisation, mise à l’écart, enfermement
Miroir aux alouettes, mirage occidental
Appartenance à aucun monde, loin des attaches, loin de la destination
Perte des repères, des racines, des proches
Souffrance, peur, honte, misère
Réfugiés de la faim, victimes des migrations
Sans-papiers, sans-voix, sans-droits, sans-visages.
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