Les responsables de l’association des refoulés d’Afrique centrale
au Mali (A.R.A.CE.M)

Lors de leur mission d’investigation et du
travail de proximité à Gao du 11 au 15 octobre 2008 sur la
situation des migrants refoulés, il en résulte que :

Depuis longtemps, GAO a toujours été un lieu de passage pour
l’Europe, via les pays Maghrébins. Les migrants passaient pour
monter en Europe, même si, de temps en temps, ils revenaient
parce qu’ils étaient refoulés.

Presque tous les refoulés que l’ARACEM a rencontré lors de sa
mission à Gao, disent les expériences qu’ils sont entrain de vivre
aujourd’hui où, le refoulement devient une opération systématique
et organisée, appuyée par la communauté européenne en accord
avec les pays Maghrébins.

En effet, une nouvelle réalité de migrations se fait jour. Le passage
par GAO n’est plus pour Monter en Europe, c’est le contraire. Les
migrants qui s‘y trouvent cherchent plutôt à retourner dans leurs
pays d’origine. Avant il y avait des ghettos organisé pour accueillir
les gens voulant aller en Europe, depuis, ces lieux ont fermé leurs
portes ne donnant même plus aux refoulés l’opportunité de s’y
réfugier, d’où leurs présences dans les rues, les gares routières.

A Gao on retrouve Camerounais, congolais, nigérians, ivoiriens,
libériens, angolais, tchadiens, burkinabés, sénégalais, togolais etc.

Ce sont souvent des hommes célibataires, on ne voit certes
pas beaucoup de femmes et d’enfants, nous estimons à
une centaine le nombre de migrants présents sur place.


Nous y distinguons deux groupes de refoulés :


- ceux qui ont voulu aller en Europe et ont échoué

     -  ceux qui travaillaient ou étudiaient au Maroc ou en
Algérie et qui, un jour, se sont retrouvés entre les mains
des patrouilles qui les ont embarqué dans les camions de
refoulement.

Les migrants qui arrivent à GAO sont fébriles, cela dut très souvent
au long voyage qui dure pratiquement 4 à 6 semaines car, il faut
ordinairement deux semaines pour voyager entre le Maroc et
l’Algérie, quatre semaines entre l’Algérie et la frontière du Mali,
et trois jours entre Tinzawaten et Gao. Souvent fatigués
physiquement, psychologiquement et moralement, certains sont
malades.

Parmi eux, il y en a qui ont fait de la prison où les conditions
d’hygiène sont lamentables. Ils ont été victimes d’accidents pour
d’autres, et n’ont alors aucun argent pour trouver à manger,
ou renouveler leur linge.

Quant à la fatigue psychologique, plusieurs d’entre eux sont
troublés mentalement, sont devenus très agressifs à la suite
de ce qu’ils ont vu, vécu, subi pendant leur voyage,

Pour eux c’est un échec.

Leurs besoins sont multiples, cela va des frais médicaux en
passant par la nourriture et le logement, il faut y ajouter la
nécessité qui est la leur de reprendre contact avec leurs
familles, et enfin regagner leurs pays d’origine.

Gao est une ville où il y a beaucoup de pauvres, de gens au
chômage, des familles qui arrivent difficilement à se nourrir.
Ils deviennent donc très compliqués pour les immigrés de
trouver une famille capable de les accueillir et de les nourrir.

GAO est très éloigné des autres villes, Mopti est à 600 km,
Bamako à 1200 km, ce qui fait que les transporteurs
n’acceptent pas de prendre les migrants gratuitement.
La Mairie
sur place donnait auparavant des papiers
permettant de voyagersans payer ou à tarifs réduits mais,
depuis quelques mois, on ne donne plus ces papiers sans
doute suite à des abus.

La paroisse catholique, par son bureau Caritas dirigé par le père
ANSELM MAHWERA s’intéresse aux problèmes de ces refoulés,
mais se trouve souvent handicapé par le manque de ressources
financières.

S’ils demeurent en ville, sans poursuivre leur voyage, les
conditions de vies de ces migrants vont vite se détériorer.
Leur nombre croissant dans cette ville pose de plus en plus de
difficultés, entraînant entre autres des problèmes collatéraux tels :
banditisme, prostitution etc.…

Dans l’immédiat nous pensons qu’il faut secourir ces gens de
touts urgence, et trouver les sommes nécessaires pour assurer
leur subsistance (nourriture, frais de santé etc..) et aider les
candidats volontaires à regagner leurs pays d’origine.

Pour l’avenir, on ne sait pas quand ce problème va cesser, une
chose est sûre, Gao restera un lieu de passage, de transit pour
toute sorte de migrants.


ARACEM envisage la construction ou l’ouverture d’un centre
d’accueil convenable à Gao, voir comment venir en aide aux
refoulés qui sont à Kidal et Tinzawaten.

Le refoulement aujourd’hui est une réalité, l’opinion
internationale doit être sensibilisé afin que les souffrances des
refoulés soient connues pour une meilleure recherche de
solutions concrètes.