le 28 Avril dans l'après midi, soixante demandeurs d’asile déboutés
par la Belgique, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l’Irlande et la
Suède, ont embarqué contre leur gré dans un Airbus belge
pour un retour forcé vers la République démocratique du Congo.
Frontex, l’Agence européenne pour la gestion de la coopération
aux frontières extérieures, a chapeauté l’organisation de cette
opération de retour conjoint au départ de Melsbroek. Par le
biais de ce type d’opération, plusieurs Etats membres renvoient
vers un même Etat tiers des personnes originaires de
celui-ci. Cette démarche s’inscrit dans la stigmatisation
croissante des immigrés depuis que l’Union européenne est victime
d’une crise économique et sociale dont les racines sont pourtant
clairement financières.

 

C’est dans ce cadre qu’une trentaine d’activistes s’est
enchaînée aux barrières du centre 127 bis de Steenokkerzeel
 d’où ont été emmenées les personnes expulsées vers la RDC.
Par cette action, ils exprimaient leur désaccord avec cette
pratique indigne des renvois conjoints. Quelques heures plus
tard, une bonne partie d’entre eux s’est retrouvée au
commissariat de police, arrêtée par les forces de l’ordre.
L’arrestation administrative des manifestants pose question
quant au respect du droit à la liberté de manifestation. Le fait
que la presse ait été tenue à l’écart du lieu de l’intervention ne
fait que raviver ses préoccupations.

 

La Ligue des droits de l’Homme et le CNCD-11.11.11
rappellent l’interdiction absolue des expulsions collectives
d’étrangers, prévue à l’article 4 du Protocole 4 à la Convention
européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés
fondamentales. Si le gouvernement belge se défend en
soutenant qu’il s’agit, non pas d’expulsion collective, mais de mise
en œuvre collective de décisions prises sur base individuelle,
l’actualité récente nous montre à quel point la frontière entre les
deux est ténue. La manière dont les Etats européens tentent
de se débarrasser des quelques milliers d’étrangers fuyant
la Libye et la Tunisie débarqués à Lampedusa depuis le début
du printemps en constitue une preuve édifiante. C’est en outre
une illustration inquiétante de la manière avec laquelle l’Union
européenne gère de façon sécuritaire l’extraordinaire élan de
liberté et de dignité qui s’exprime à ses portes dans les
pays arabes.

 

Dans ce contexte, la LDH et le CNCD-11.11.11 ne peuvent que
trouver légitime la démonstration de colère pacifique des
manifestants et particulièrement attentifs à ce que la liberté
de manifestation soit respectée à l’avenir. Il est inacceptable
dans le contexte de la crise financière internationale, de
continuer à promouvoir une mondialisation fondée sur la liberté
de circulation des capitaux spéculatifs et qui restreint sans
cesse davantage la liberté de circulation des êtres humains.